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 COTIELLA 2016

COMPTE RENDU DE l’EXPEDITION du 2 au 8 octobre 2016 par Guillaume C.

Participants :
Lionel Puliga, Guillaume Co
ërchon, Roger Hugony

J-1 Transit...

Départ d’Aniane (34) avec Lionel à 8H. 

Il y a 500km de chez lui, nous gagnons vraiment du temps par rapport à un départ de Lozère. Nous évitons donc un bivouac le soir au parking. 

Nous arrivons à 17H en ayant fait un détour par Carcassonne, pour récupérer un Disto X. Un autre détail qui fini par avoir de l’importance : il y a des restrictions sur l’usage de l’électricité en Espagne. Le manque d’eau réduit la production hydro-électrique. De ce fait, la douane ne nous autorise pas utiliser de lampe électrique. En revanche, aucun problème pour le carbure (il sont fous ces douaniers !) 

1H pour préparer les sacs. Cette année, il sont vraiment plus léger que d’habitude, ou alors, on est mieux entrainés. Enfin, le mien me dépasse d’une tête, comme d’habitude. 

Je ne te fais pas une liste, mais en gros : 

-            Matos spéléo + carbure + clef de 13, 

-            Pas de corde, mais quand même des coinceurs, dyneema... 

-            Trousse à Spit bien chargée, 

-            Pas de perfo (il reste là au cas ou il faille équiper un P150m), 

-            Bouffe avec 5 fruits et légumes par jours, 

-            Vêtement + couette + coussin, 

-            Pas ce pantalon... ni cette polaire, 

-            Une brosse à dent avec un manche scié, 

Et c’est tout, parce qu’il y a les matelas sur place, le bois, le réchaud, la bouteille de gaz, la vaisselle, les dates périmées, le sel, le poivre... 

Enfin, Lionel a quand même en plus : 

-            Un appareil photo, + flash, 

-            Une pharmacie, 

-            Le matos topo, 

-            Et surtout, il a reconditionner du dentifrice dans un tout petit tube ! on va loin pour gagner 6gr. 

 

Le refuge est à 3,5 km, et il n’y a que 300m de dénivelé ! 

Arrivée au refuge d’Armenia 1860m à 20H. 

Nous faisons un tour à la planque pour préparer notre séjour 5 étoiles. Un bidon a été attaquer par des ours, je ne te raconte pas le carnaval à l’intérieur, bamboula et fête à tous les étages ! Ils ont jouer au rugby avec, faute de terrain de foot. 

Ah ! Lionel me dit que ce n’est pas des ours, et que les rongeurs accusés sont plus petits. N’empêche que le bidon fait 200L, ils sont quand même pas gênés de jouer sans nous! 

Donc aussitôt : Sac poubelle pour les déchets (je sauve une boite de maïs) et vaisselle à la rivière. 

A oui, il faut quand même dire qu’il y a l’eau courante, c’est du luxe non négligeable. Bon c’est un peu loin car le tuyau a subit des désagréments. C’est un peu froid aussi, mais quand on aime, on n’est pas regardant. 

Bon voilà pour aujourd’hui, je te passe les détails sur le repas, l’installation dans les chambres, et la visite de nos petites peluches adorées... 

A demain, si tu le vaux bien. 

PS : ce n’est pas sûr que je sois aussi productif chaque soir, et que je raconte autant de conneries... d’ailleurs, il ne faut pas tout gober, surtout l’histoire du carbure. 

 

J-2 Equipement... .


Nous nous levons avec le soleil, superbe... ... ... ... ... ... ... cela fait aussi partie du bonheur de passer une semaine ici ! 

On ne se prépare pas rapidement, et nous arrivons vers 11H à la cache à matos. 2 kits plus tard, nous kitons la surface et pénétrons dans le A351, 2200m d’altitude. Lionel passe devant et libère simplement les cordes, qui attendent bien sagement en haut des puits pendant un an. C’est une solution rapide, et les cordes sont préservées des risques de crue. 

Nous sommes à la côte -320m vers 12H30, à partir de là, c’est l’inconnu pour moi. Petit rappel : Guillaume L. et Lionel ont découvert en 2015 une nouvelle galerie avec arrêt en haut d’un puits de 20m actif. Seul les amarrages sont posés, à défaut de corde, de temps, d’argent... je m’égare. 

La plus vieille corde du massif est posée, suivie de la topo, et nous abordons déjà un nouveau puits, cela ne traine pas dans la chaumière. 

C’est un peu comme dans un menu pour spéléologue : 

« Alors, que prenez vous aujourd’hui, un apéritif pour commencer ? 

 

Pour moi ce sera un petit puits sans fond en entrée, et pour la suite, je prendrais bien un peu plus grand, arrosé et bien sculpté, agrémenté de Spit et un peu de Dyneema en garniture. 

 

Je reprendrais bien encore quelques Spits, ils sont bon cette année ! En revanche, je n’ai plus très faim pour le dessert et en plus, vous n’avez plus de nouille. 

 

Ah !, C’était bien bon, on reviendra demain. Cela ne vous embête pas de nous réserver un puits de 30m ? Oui oui, à la sauce Micro-Faders, et accompagnés de nouille, 8mm de préférence. Quelques As nous conviendrons très bien aussi. 

 

Oh la la !, il m’a fatigué ce resto, on est quand même sortis à vin heure vin. » 

 

TPST :9H, et en plus, il faut encore se faire à manger, c’est que j’ai un peu faim moi. Nous sommes nourris par la passion, mais l’estomac en demande aussi ! 

 

 

J-3 Pendules...

 

Comme tous les matins, le soleil se lève, et nous avec. Enfin, Lionel a du se lever du mauvais pied, car il a foutu le café par terre. Ces jurons me réveillent, avec la bonne odeur du café, mais c’est la serpillière qui se régale. 

 

Aujourd’hui, on est super léger, rien à monter, rien à descendre... juste la bouffe, des amarrages, une trousse à Spit, le matos topo. Nous tombons le chrono à 50’ pour arriver à la côte – 320m. 12H pétante, nous sommes prêt pour le repas de midi. 

A propos de resto, il y a un changement de menu. Je me suis aperçu la veille que cela serait plus facile de passer par une autre lucarne dans le P37 ; je t’explique : 

La découverte c’est faite par une galerie + P20 + escalade dans les blocs, qui conduit dans une nouvelle galerie qui débouche dans le P37. Alors, que reste t’il a faire ? 

Évidemment, ce n’est pas si facile à faire, car je ne suis pas le premier a y avoir pensé. 

1er pendule, pas trop de soucis, juste pour planter le 1er spit, car je n’aime pas les équilibre précaire sur un crochet goutte d’eau, avec une corde de 8mm... et par dessus le marché, qui frotte ! 

2ème pendule, je me retrouve à trois mètres de l’objectif sans aucun appuis. Même en essayant de nager, de se balancer, de pédaler... rien ne se passe. Cela se termine par un lancer de trousse à spit, tel un grappin derrière un bloc, et le tour et joué. 

 

C’est quand même costaud ce que fabrique BEAL, mais j’ai quand même fini par faire un fractionnement supplémentaire. On ne sait pas combien de passage, cette corde va encore subir. 

 

Pendant ce temps, Lionel termine des morceaux de topo, relégués aux oubliettes. 

Bon, nous n’avons pas été très prolifique, mais tout est prêt pour une nouvelle offensive. 

TPST 6H, du coup, on est chaud pour demain. 

Nous avons la surprise d’avoir un apéro pour ce soir, car Roger a monté 5 litres de remontant à base de raisin. Rien ne l’arrête pour assurer le confort de ces partenaires... et du sien. 

 

Autre précision, pour ceux qui ont suivis les altimétries : nous prenons nos repas toujours à la même altitude, c’est très important pour ne pas être barbouillé. D’ailleurs, le refuge rentrerait sans problème dans la salle du P37, on pourrait même installer les chèvres autour, quelques vaches et deux ou trois moutons... il est bon ce vin, même après un transport sur le dos pendant deux heures! 

 

 

J-4 Pointe...

 

Problème mathématique : si l’on part plus tôt le matin, est ce que l’on revient plus tôt le soir ? Dans ce cas, nous avons au moins la certitude d’avoir plus de temps a passer sous terre, mais l’heure de sortie reste aléatoire. 

Je rentre à 10H dans le trou et fuse à -320m. 

Je récupère un sac plein de corde neuve (et oui, cela existe encore sur ce massif), et j’enquille vers les puits fraichement équipés. 

Je remplace avec cette corde bien blanche, l’équipement précédent. 

Parenthèse : la corde utilisée il y a deux jours, doit avoir 15ans, et dans le deuxième puits, il y a un nœud en fin de verticale. Fin de parenthèse. 

C’est quand même chouette de partir en première avec du beau matos, il y a tout qui brille. 

3ème puits (donc le dessert), toujours aussi beau, dans un calcaire bien noir, arrosé, ce qui nécessite un équipement hors crue. 

Je pose les pieds en bas de ce nouveau puits de plus de 20m, vers 13H. 

Roger et Lionel arrivent et savourent la descente ; ils ont pris le temps de faire des photos. 

Après le dessert, et bien pas grand chose; alors que j’aurai bien pris un pousse café. 

Le moral tombe, un méandre plaqué d’argile fait suite... et en plus très étroit. 

Bon, le puits n’a pas donné toutes ses ressources : 

-            un départ fossile, 4 mètres au-dessus avec du courant d’air, 

-            une lucarne 3 x 3m, à l’opposé de la descente. 

On s’organise vite avant que le froid nous transperce. 

Température mesurée : 4°C. Pour avoir une idée, tu sors tout de ton Frigo (même les grilles), tu prends ta frontale, un bout de saucisson, du fromage, et quelqu’un ferme la porte (parce que ce n’est pas facile tout seul, cela n’a pas été prévu par le constructeur). 

Bon, revenons à nos moutons : Je vais équiper le fossile avec l’impression de casser de la vaisselle. C’est rigolo d’envoyer des assiettes en bas d’un puits de 4m. 

Roger et Lionel enchaînent avec la topo, et je les laisse continuer . Ils s’arrêtent sur un passage étroit, qui doit être attaqué à la massette. 

Pendant ce temps, je me lance dans une main courante aérienne, dans l’espoir de rejoindre cette lucarne. Une espèce de vire sur des blocs instables me permet d’avancer. Après trois spit, je suis contraint d’abandonner faute d’amarrages. 

De toute façon, c’est toujours comme ça les explos. Il manque toujours un truc, et souvent, c’est aussi du temps. 

 

Sortie à 21H30, TPST 11H30. 

Demain jour de repos, c’est l’autre équipe qui enchaînera... heureusement car j’en ai plein les bottes. Et puis les espoirs restent maigres : 

-            le courant d’air du fossile n’est pas dans le bon sens, 

-            et par la lucarne, grâce à nos éclairages, on voit bien la base d’un puits parallèle, encombré de gros blocs... 

Ça ne donne pas la patate cette histoire! 

 

 

J-5 Repos...

 

On l’a bien mérité, surtout le dos, les épaules, les genoux... 

Nettoyage du refuge, de la planque, de sa pomme...  

Lionel fais un aller et retour aux véhicules, descend le superflu, les poubelles... 

Préparatif de la suite, graissage des maillons grippés, affûtage des crayons pour la topo, limage des bouts de Dyneema, polissage des bloqueurs... 

Le A351 n’a qu’à bien se tenir, le moral des troupes remontent... surtout après les bonnes nouvelles de l’autre équipe (voir CR). TPST 0H 

 

Petit retour en arrière : 

 J-3, Roger à remis en route la fontaine du refuge avec deux espagnols qui se sont laissé embrigadé. Il avait prévu les raccords qui vont bien et le poste à souder. 

 

Et aujourd’hui (toujours à l’aide du poste à souder, autant en profiter), Roger a souder le couvercle d’un des bidons de la planque. Le trou fait par les ours semble étanche, plus du vernis à ongle, on peut être sûr que plus aucune bestioles ne va s’approcher de nos réserves. 

 

Autre détail, j’ai fait une petite excursion sur les pâturages en face du cirque d’Armenia, et je distinguais vraiment une zone noire à la base du Reduno (autre sommet). J’y suis retourné le lendemain avec une exposition différente, et j’ai revu la même forme. Cela pourrait vraiment être un porche ! 

 

 

J-6 Bouclage...

 

Notre rythme s’améliore, nous rentrons dans la cavité à 9H30. 

Nous avons le strict nécessaire pour finaliser les objectifs. 

Une massette, un burin, trois plaquettes, un coinceur... et la trousse topo, indispensable pour ramener le fruit de nos explorations. 

Lionel part direct sur la zone à élargir, je m'attelle à la traversée. Le premier qui fini, rejoint l’autre. 

Pour traverser, j’opère un large nettoyage de tout les blocs instables, je m’en sort avec seulement un spit. 

Je me retrouve à la base d’un puits de 45m, complètement différent du réseau par lequel nous arrivons. Ses parois sont couverte de calcite blanche avec des traces de matière organique. Il ne doit pas y avoir beaucoup de paliers entre la surface et ce niveau. 

Une petite verticale, que je peux équiper avec le reste de corde, rejoint le haut du méandre trop étroit. 

Ensuite, il est aisé de poursuivre à l’horizontale, en restant proche du plafond concrétionné, mais je m'abstiens et bifurque dans une galerie qui rejoint celle par laquelle est parti Lionel. 

Au fait, cela fait longtemps que je n’entend plus de bruit de massette, je me doute bien qu’il est parti, distomètre à la main. 

Je ne tarde pas à le retrouver dans un affluent remontant, dont le cours d’eau est concrétionné. Cela pince rapidement, et nous reprenons la galerie du bas qui continue en méandre. 

Nous nous arrêtons dans une salle d'effondrement avec le méandre qui se poursuit, et surtout « j’ai faim !». 

On se retourne et nous en profitons pour topographier un shunt à la verticale des assiettes cassées. Mais ce n’est pas fini ! ce shunt se poursuit (assez rectiligne), monte et passe à coté du puits d’arrivée, arrosé, sculpté (c’est pour te remettre sur la bonne voie). 

En fait, c’est un sacré bazar cet endroit, il faut que je te fasse un dessin, qui sera plus explicite que de longues explications (surtout que nous avons vraiment la dalle !). 

Encore deux visées vers la lucarne et dans le puits remontant de 45m, et nous cassons la graine. 

 

Nous laissons donc deux points interrogation (3 avec le P45), et poursuivons au dessus du méandre laissé il y a deux heures. Cela reste encore la suite la plus prometteuse de cette cavité. 

Lionel ne sait plus comment articuler le dessin (plan, coupe) ni même clarifier ses séries de point topo. 

En une journée, nous avons pratiquement doubler le nombre de point de la semaine. 

En tout cas, ça avance, le méandre est parfois athlétique, jusqu’à une put... de coulée, qui obture complètement le passage. 

 

Enfin, ça tombe bien, car cela nous donne une motivation pour arrêter. 

En haut de la coulée, un boyau serait facilement nettoyable de ses belles colonnes blanches. On se promet que la prochaine équipe qui va prendre le relais (dans un an), fera une photo avant et après l’ouverture du boyau. 

 

Nous remontons (vers la surface, et les cordes... en haut des puits) et frisons avec les 11H passées sous terre. 

En tout cas, je n'aurai pas imaginer laisser autant d'espoir dans cette cavité. Hasta la vista! 

 

 

J-6 Fin...

 

Comme toute histoire, on remballe (enfin, Roger en a fait une grande partie la veille) le bol de café, le sucre et sa brosse à dent. 

Roger a amélioré le mur qui cache la planque, il ressemble au reste du terrain, cela parait naturel. 

Nous descendons à vide, mais plein de première dans la tête et aussi avec une certaine nostalgie de ce petit paradis de paix. 

Seul les randonneurs du dimanche perturbe cet univers (d'ailleurs, on croise n'importe qui sur le chemin, le sentier a du passer dans un topo guide!), c'est la raison pour laquelle nous évitons absolument d'occuper les lieux le samedi soir. Cela peut même être délicat de rester le vendredi...